Il y a quelques semaines, Simon nous a raconté l'histoire du Dragon Cosmotellurique qui a vécu 3000 ans au Tibet puis, à l'aube du 3e millénaire, a nagé sur des tremblements de terre en forme de vagues et, après avoir parcouru la moitié du Globe, est venu s'échouer sur les rivages de la Cordillère des Andes. Le Chili et le Pérou font maintenant partie d'un nouveau pays qui, dans le langage de la Nouvelle Mythologie se nomme : "le Nouveau Tibet".
La Mythologie du 3e Millénaire invente chaque jour de nouvelles images et danses, de nouveaux contes, chants, symboles et rituels. Chaque humain, animal, plante, pierre, étoile, nuage, ange et démon est invité à participer à la création de cette Nouvelle Mythologie en y ajoutant sa couleur et son timbre personnels. Aujourd'hui j'ai décidé de participer à cette nouvelle tradition en vous contant l'histoire de :
KIKU ET LE POULPE
Kiku est le gentil nom que je donne au Dragon Cosmotellurique. C'est plus court et c'est plus joli. Kiku donc est arrivé dans la Cordillère des Andes. Il a étendu son corps électrique tout le long de la chaîne montagneuse qui le soutient comme une colonne vertébrale. Il pousse sa tête au Pérou, ses cheveux sont la jungle infinie, et sa queue, tout au sud, s'étend jusqu'en Patagonie. Valparaiso est situé dans le plexus solaire du Dragon.
Donc il arrive, il se pose, se détend, sent son nouveau corps et la vibration interne de la Cordillère lui plaît beaucoup. Il entend, comme un son de cloche éternel, vibrer la roche millénaire. Il entend, dans la profondeur du sol, le craquement immense et lent de la plaque tectonique qui frotte sur le fond basaltique de l'Océan. Ce frottement produit de l'électricité, et cette électricité nourrit son corps vital, fatigué par le long voyage.
Il se détend et il rêve. Il voit son corps, la Cordillère, l'Océan. Dans les fibres du rêve il perçoit une présence noire, tout au fond de l'Océan. Il plonge plus loin dans le rêve et voit une forme se dessiner : des tentacules au nombre de huit se rassemblent autour d'une tête globuleuse et molle au milieu de laquelle deux yeux rouges lui rendent soudain son regard.
Surpris, Kiku recule. Le corps immense d'un poulpe noir surgit de l'Océan devant lui et grandit jusqu'à remplir tout l'horizon. Au milieu de la tête ronde qui maintenant cache le soleil, les deux yeux rouges continuent de fixer ceux de Kiku. La forme titanesque est parcourue d'un tremblement de colère qui fait vibrer toute la Cordillère.
Évidemment, se dit Kiku, il fallait bien que je travaille un peu avant de pouvoir danser et rire dans ce pays accueillant. Voyons ... Que puis-je faire ?
Après un court moment de réflexion, il détache de son coeur une goutelette d'innocence pure et lui donne la forme d'un enfant de 3 ans, qu'il dépose délicatement sur la plage, exactement en face du poulpe. Celui-ci, furieux d'avoir été dérangé dans son sommeil, agite ses bras torturés en tous sens.
Ses huit pattes se divisent en huit, chaque sous-patte à son tour en huit, et ainsi de suite, et au bout de douze divisions, 7 mille millions de pédoncules en forme de doigt pénètrent dans le cul serré de 7 mille millions d'humains. Les mouvements individuels de chacun de ses doigts permettent au poulpe de manipuler, comme des marionnettes, les hordes humaines en utilisant le pouvoir de la PEUR. Et 7 milliards d'humains vont au boulot le matin, bouffent des completos, regardent la télé et boivent de la bière sans savoir que, dans le fond, leur cul est serré sur le doigt d'un poulpe. Et chaque fois que ce doigt bouge dans leur derrière, ils ressentent de la PEUR, et le poulpe absorbe cette peur comme une nourriture juteuse. Le poulpe parasite toute l'humanité et l'humanité n'en sait rien car le poulpe possède aussi le pouvoir de maintenir sa forme cachée dans l'obscurité des profondeurs.
L'enfant n'a pas peur du poulpe, car il possède en plénitude le pouvoir de l'innocence. Il regarde le poulpe dans les yeux et lui pose les trois questions rituelles suivantes :
- qui es-tu ?
- que veux-tu ?
- comment te sentirais-tu si tu reçevais en plénitude ce que tu veux ?
Voici donc le dialogue tel qu'il se déroula :
- qui es-tu ?
- je suis le POULPE (voix immense); je contrôle l'univers par le pouvoir de la PEUR (voix immense); je suis vieux comme la Ténèbre et je te HAIS !!! (tout tremble)
- que veux-tu ?
- je veux dissoudre ton corps dans le Néant, détruire ton âme et la disloquer pour toujours, et manger les restes de ta souffrance qui sont un délice pour calmer ma faim infinie !!!
- comment te sentirais-tu si tu reçevais en plénitude ce que tu veux ?
- (plus calme) : je me sentirais plein de calme, de confiance et de paix
L'enfant se tourne alors vers la fenêtre située au centre de son coeur et y regarde un instant le Dragon dormir. Ensuite, au sommet de son crâne, il ouvre un petit orifice par lequel il invite l'Océan Infini du Ciel à déverser dans son corps une pleine mesure de calme, de confiance et de paix. Il laisse son corps se remplir tout entier de cette substance liquide, dorée et douce comme du miel, ses jambes, son tronc, ses bras, sa tête, jusqu'à ce qu'il soit entièrement rempli. Ensuite, transformé des pieds à la tête en grain de miel juteux, l'enfant avance vers l'Océan et offre son corps au poulpe en lui disant : mange-moi !!!
Le poulpe, dominé par un appétit millénaire grand comme l'Océan, se jette sur la proie juteuse et la gobe en un coup. Instantanément, deux enfants gorgés de miel apparaissent sur la plage. Il les gobe tous deux : quatre apparaissent, et ainsi de suite, huit, seize, etc ... Aussi grande soit la faim du poulpe, le nombre d'enfants comestible augmente toujours plus. Le poulpe abandonne toute retenue. Il dévore avec délice les grappes d'enfants qu'il agrippe sauvagement en utilisant TOUS ses doigts.
Ce qui signifie que, du même coup, 7 mille millions de culs humains sont instantanément libérés du pouvoir de la peur, et un immense soupir de soulagement parcourt alors l'inconscient collectif de l'humanité, libérée pour la première fois de l'emprise du poulpe depuis plus de 3000 ans.
Le poulpe mange, mange, mange. Tant et si bien que sa faim, qu'il croyait infinie, peu à peu se calme. Il change de forme. D'immense, il rétrécit lentement, jusqu'à atteindre une taille humaine. Sa forme se simplifie : deux tentacules deviennent un bras, deux autres tentacules un autre bras, et les quatre restants, deux jambes. La tête devient proportionnellement plus petite, et à son sommet, une longue chevelure noire se met à pousser, tandis que la peau noire, peu à peu s'éclaircit vers les tons terre-de-feu. À la fin du processus de transformation, le poulpe est devenu une jeune fille de 19 ans, toute nue, très jolie, aux longs cheveux noirs qui lui couvrent tout le corps en boucles rondes. Elle tourne son visage plein de gratitude vers l'enfant et lui sourit.
L'enfant lui répond par un sourire, puis pose à la jeune fille les trois questions rituelles suivantes :
- qui es-tu ?
- que m'offres-tu ?
- comment puis-je te trouver quand j'ai besoin de toi ?
Voici donc le dialogue tel qu'il se déroula :
- qui es-tu ?
- je suis la Pachamama. Je détiens la plénitude du calme, de la confiance et de la paix. Je soutiens l'Univers par les fibres de ma chevelure infinie. Je suis le lieu où chacun revient lorsqu'il se repose.
- que m'offres-tu ?
- je t'offre le chemin qui porte tes pieds, l'eau de la rivière qui étanche ta soif, le bruit du vent dans les arbres, qui enjoue de sa musique ton âme
- comment puis-je te trouver quand j'ai besoin de toi ?
- appelle le vent, l'eau de la rivière, le chemin de pierres noires; écoute tes os, ton coeur, le murmure de l'Océan de ton sang; je suis partout en toi; écoute le silence au-dedans de toi
Le silence, alors, parfait, s'étend dans l'espace autour et au-dedans de l'enfant et de la jeune fille. Dans ce silence, la Pachamama regarde l'enfant. Elle sait lire dans l'âme de chacun son histoire. Pourtant, quand elle regarde dans l'âme de l'enfant, elle ne voit rien, rien que de l'innocence, sans trace d'aucune mémoire. Ce mystère l'intrigue. Elle regarde plus profondément dans l'âme de l'enfant et rencontre la fenêtre située au centre de son coeur. Elle regarde à travers la fenêtre et voit l'image du Dragon, immense et assoupi, dont le corps couleur de perle s'étend tout le long de la Cordillère des Andes. Elle regarde cette forme, puis l'âme de cette forme, et tombe instantanément amoureuse. Son coeur est touché par l'innocence profonde du Dragon, dont l'enfant n'est qu'un reflet. Elle se baisse alors, se fait plus petite, puis pénètre toute entière dans le coeur de l'enfant, et va s'étendre, nue et vibrante de désir, au côté du corps du Dragon assoupi.
L'histoire s'arrête là. On ne sait rien de ce qui se passe ensuite. Une autre légende toutefois prétend que ... les tremblements de terre ... sont symptômes de la joute amoureuse que dansent le Dragon de Lumière et la Pachamama dans les montagnes et vallées de la Grande Cordillère des Andes.
Merci de m'avoir écouté.




